jeudi 29 juillet 2010

cinema coreen: Ssanghwajeom

« Ssanghwajeom » ou « A frozen flower » qui est sur les écrans depuis le 30 décembre dernier est difficile à définir. Mais son titre occidental est un bon résumé : c’est beau, mais sans vie.

Dirigé par Yu Ha, poète cinéaste urbain contemporain, le film est beau, esthétiquement parlant. Les costumes et les décors sont merveilleux de couleurs et d’harmonies, c’est un véritable enchantement. L’acteur à la sexualité ambiguë Cho In-seong fait craquer les filles de tout âges (et certains mâles aussi on n’en doute pas), l’actrice Song Ji-hyo fait belle figure sous le royaume de Goryeo, et dévoile sa peau satinée dans des scènes d’amour physique avec Cho In-seong rares dans un film coréen.

Le film est interdit au moins de 18 ans, mais il est effectivement plus explicite que la plupart des fameux ‘pink’, les films érotiques coréens. Ceci dit, il est à peu près au niveau de n’importe quel film français... D’ailleurs, même si la relation entre les deux se veut un grand amour sensuel entre la reine et le général des gardes du roi, le plaisir féminin n’est toujours pas d’actualité d’une part, et d’autre part, comme beaucoup de grandes histoire d’amour de films coréens, ce grand amour commence par ce qui est presque un viol.

L’histoire est donc assez simple : un roi, amoureux de son général, ne veut rien avoir à faire avec sa femme et demande à son général de l’engrosser. Or, dans cette période troublée où les sournois Chinois essaye de récupérer le royaume par des alliances et autres stratagèmes, l’héritier est stratégique. Evidemment, le général s’attache à la reine, et s’ensuivent de royales complications ; le roi se doutera très vite de quelque chose, la reine tentera de se suicider sans succès, le général qui n’en a pas le courage, demandera au roi de le tuer. Les eaux se calmeront, jusqu’à ce qu’ils soient découverts en flagrant délit d’adultère, dans une scène digne des plus grands navets de l’histoire, où l’on compte pas moins de douze éclairs avec tonnerre, pour souligner l’intensité dramatique du moment. Et cela terminera par une amputation du membre du général, à l’épée, sur ordre du roi. Mais ça ne l’affectera pas trop puisqu’il retourne très vite se battre contre son ex-amant le roi, à cheval d’ailleurs. Yu Ha a probablement vu « L’empire des sens » de Nagisa Oshima et « La mère porteuse » d’Im Kwon-taek, mais son film ne leur rend pas hommage...

Ce film n’est pas un film sur l’homosexualité (même s’il y a une scène de baisers passionnés entre deux hommes), le général aurait pu être une femme et la reine lesbienne, de toutes façons le réalisateur a visiblement fait attention à ce que la psychologie du film et de ses personnages reste invisible. Ce n’est pas non plus un film historique, ni un film de batailles (encore qu’ils manient les épées avec vigueur, même émasculés), alors qu’est-ce? Une magnifique collection de clichés, mais sans aucun humour, des scènes de sexe, et un acteur qui a deux expressions faciales (content et amoureux, pas content et inquiet, avec le bégaiement approprié), et qui a appris pour ce film à mimer l’acte sexuel, à tel point qu’il le reproduit aussi quand il est à cheval.

Aucune émotion dans les personnages, où sont les Coréens caractériels et rigolards? Au sortir du film, on a envie de revoir un match de McEnroe contre Connors pour revoir des êtres humains, ou d’aller dans un pojangmacha boire un cou avec des vrais Coréens. Dans le film, on s’ennuie profondément, ce n’est pas drôle, et l’histoire n’a aucun intérêt, à part les costumes. Le réalisateur est un acharné du cliché, il ne nous épargne rien, malheureusement c’est un gros budget, donc esthétiquement c’est réussi, et on ne pourra même pas le classer dans les nanars. Un dernier exemple ; du temps du grand amour entre les deux beatniks aux cheveux longs, ils peignent. Enfin, le général peigne le roi, qui peint une toile d’eux deux. Et dans leur bataille finale, d’un coup d’épée, ils tranchent le tableau en deux, au milieu, avec ralenti, et je crois bien, un grand coup de violon... Un film à mettre en fond d’écran pour sa beauté…

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